Stéphanie Cohen-Chaptal

Morgunblaðið (Islande) — 23 mars 2007

« Elle préfère la compagnie des gens de chair et de sang »

Stéphanie Cohen réalise sept « portraits-en-mots » d'Islandais connus pour Lesbók

Par Flóki Guðmundsson · traduit de l’islandais · titre original : « Kýs samneyti við fólk af holdi og blóði »

Morgunblaðið (Islande), 23 mars 2007
L’article, Morgunblaðið (Islande), 23 mars 2007.

« J'APPELLE ça des portraits-en-mots », dit l'artiste française Stéphanie Cohen de son art très singulier. Il s'agit d'une sorte d'images en prose poétiques, des textes destinés à saisir ce qui se trouve au cœur de leur sujet plutôt qu'à décrire ce que l'œil perçoit.

À partir de demain, les lecteurs du Morgunblaðið pourront découvrir ces « portraits ». Sept d'entre eux, consacrés à des personnalités islandaises connues, paraîtront en dernière page d'autant de numéros de Lesbók, dans une traduction islandaise de Sigurður Pálsson ; l'« autoportrait » de l'artiste ornera en outre la Lesbók de demain. Le projet s'inscrit dans le festival culturel français Pourquoi pas ? Printemps français en Islande.

« L'écriture est pour moi une grande passion, poursuit Cohen. Mais les gens aussi, et je n'ai donc aucune envie de m'isoler avec les personnages de mes romans, comme c'est souvent le destin des écrivains. Il m'a fallu trouver à mon écriture une voie qui me donne l'occasion de rencontrer des gens de chair et de sang. »

Comme un peintre du XVIIIe siècle

Cohen, qui a quarante ans, fait remonter le moment où elle s'est mise vraiment à écrire ces images en prose au jour où Nicolas Ghesquière, styliste de Balenciaga, lui a demandé, il y a huit ans, des descriptions poétiques de sa collection.

« À l'époque, j'écrivais sur le théâtre contemporain pour la radio. Mais au bout d'un moment, plus personne ne voulait m'accompagner aux spectacles, parce que le théâtre contemporain en France est très ennuyeux. J'ai donc décidé d'abandonner cette activité et de tenter ma chance. Ce projet pour Ghesquière m'a ouvert beaucoup de portes. »

L'écrivaine dit réaliser ses images en prose sur commande, un peu comme les peintres du XVIIIe siècle qui répondaient à l'appel des aristocrates désireux de se faire peindre. Une fois la commande reçue, elle se met à découvrir la personne qu'est son sujet. Il ne s'agit pas pour autant de rassembler des renseignements sur ses études et sa carrière : c'est une autre sorte d'image qu'elle veut offrir.

« Il est très important que j'entre en relation étroite avec mon sujet, puisque le but est de transmettre une certaine émotion liée à la personne. Ces échanges peuvent devenir très sincères, car les gens tiennent à ce que j'aie la meilleure matière possible. J'apprends donc sur eux des choses qui restent cachées aux autres. »

Elle a fait le portrait de Björk

Partout où l'on parle de Cohen, on rappelle qu'elle a fait le portrait de personnalités célèbres comme le mannequin britannique Kate Moss, et surtout Björk. Elle ne se limite pourtant pas aux célébrités.

« Je suis toujours aussi heureuse quand quelqu'un veut que je fasse son portrait », dit-elle, ajoutant que chaque projet est une aventure en soi, puisqu'elle ne part d'aucune recette. Chaque projet devient ainsi personnel et magique. Ce n'est donc peut-être pas un hasard si elle s'est fait beaucoup d'amis grâce à son travail.

Le bonheur de venir en Islande

Son travail l'amène à beaucoup voyager, car Cohen reçoit des commandes du monde entier. Malheureusement, elle n'aime guère les voyages. Elle dit pourtant ne jamais regretter ses séjours en Islande.

« Je ne me sens jamais aussi vivante que quand je viens ici, c'est un si beau pays. J'ai rencontré Björk il y a sept ans ; elle m'a présentée à quelques-uns de ses amis, dont Gabríela [Friðriksdóttir], qui nous a ensuite invités, mon mari, mes enfants et moi, à passer un Noël en Islande. C'était incroyable. Ici je me sens bien, et j'adore vous entendre parler ; j'adore la musique de votre langue. »