Portrait-en-mots · 2011
« Quitte à se perdre, on a aimé… »
Alain Souchon, chanteur
Exposition « Mes 7 portraits capitaux / My 7 deadly portraits », Brachfeld Gallery, Paris, 20 mars – 9 avril 2011; enregistrement lu par Alain Souchon (CD de l'exposition; SoundCloud, 26/02/2015)
Moi hier soir je suis allée voir mon chanteur je m’étais faite belle pour lui et les femmes dans la rue n’étaient pas contentes quand la porte s’est ouverte sur le ciel dégagé de la Trinité la douceur du printemps m’a bouclé les cheveux avec le sourire d’un homme ça aurait pu être lui qui passait j’ai trouvé l’unique amie et j’ai bu une carlsberg en mangeant tout le sandwich commandé pour deux aprés nous les deux filles sommmes allées dans un palais écouter mon chanteur il n’y avait sur scène que des instruments je me suis demandée si je m’achetais une glace vu que mon amie avait disparu dans une guitare certainement curieuse comme elle est heureusement la lumière a décru et mon chanteur est venu comme un feu follet illuminer une salle trés sport les gens étaient sages mais lui il disait des bêtises et toutes les filles voulaient lui donner leur ventre tellement il était charmant il y en avait même une qui lui a dit “mais si tu es trés beau” tout le monde a ri parce que c’était vrai et puis ses copains ont fait de la musique aussi et il a raconté des histoires mélodieuses en vrai même si elles étaient fausses moi j’m’en foutais à cause des sauts d’ange de sa silhouette gracile dans l’air un écho familier résonnait on ne pouvait s’y tromper c’était un peu sa vie au début à Casablanca même si aprés il faisait froid à Paris mon chanteur à toujours su toucher le cœur à cœur sans geste déplacé un brin distingué moi j’étais convaincue comme lui qu’on pouvait être triste du malheur et quand même rester gai sans donner jamais assez et puis il y a eu une ruée trés forte de plein de gens venus de partout qui s’approchaient de plus en plus vite de plus en plus flou vers mon chanteur c’était tellement tendre que j’ai eu envie de pleurer après c’était la fin je me suis dit que mon chanteur devait être trés fatigué vidé qu’il allait boire des coups avec ses amis et l’unique amie peut-être accrochée au sein des cordes je les ai embrassés de loin et j’ai pris le métro à l’envers voyant peu à peu disparaître la silhouette fluette de mon chanteur Alain Souchon.
*titre emprunté au Jeu de l'amour et du hasard pièce écrite par Marivaux
©"Portrait-en-mots" Stéphanie Cohen Chaptal